Réaction d'Elio Di Rupo suite aux évènements
On ne peut pas faire comme si rien ne c’était passé !
7 novembre 2007Notre pays vit la crise politique la plus grave de son histoire. Il n’y a pas de précédent. Et j’imagine que vous avez suivi les « évènements » du jour.
En début de semaine, mon parti demandait à Monsieur Leterme de suspendre les travaux de la Commission de l’intérieur de la Chambre pour permettre aux partenaires de l’orange bleue (orange blues ?) de négocier un accord de gouvernement global.
Mais voilà. Les partenaires de l’orange bleue n’ont pas suspendus les travaux. La commission a eu lieu cet après-midi. Le scenario était alors écrit d’avance.
Pourquoi la situation est-elle aussi grave ? Parce que pour la première fois en Belgique, dans le Parlement fédéral, une Communauté a voté en bloc contre une autre. Pour la première fois, dans une commission d’un Parlement fédéral, les représentants d’une Communauté ont choisi le coup de force. Ils ont préféré l’affrontement au dialogue. Mais un pays, une région, une commune : ça ne se gouverne pas avec des coups de force.
Le vote de cet après-midi est le résultat de cinq mois d’improvisation, d’irresponsabilité, de chamailleries et d’ultimatums en tout genre de la part des libéraux et des sociaux-chrétiens. La façon dont les négociations ont été menées n’a fait qu’aggraver les tensions.
Mon opinion, c’est que notre pays se trouve face à une rupture. La Belgique était jusqu’ici un modèle de coexistence, donné en exemple dans le monde. Chez nous, on a toujours encouragé le respect mutuel et la recherche d’un compromis qui respecte les droits et les intérêts des deux grandes Communautés. Mais cet après-midi, un événement inédit s’est produit et ceux qui ont conduit notre pays à une telle situation devront rendre des comptes à la population.
BHV est devenu un symbole. Trois lettres derrière lesquelles se cache une question institutionnelle importante mais peu compréhensible du grand public. Trois lettres derrière lesquelles se cache pourtant un équilibre beaucoup plus large de notre pays. Oui, il y a environ 150.000 francophones qui vivent dans la périphérie. Oui, ces Francophones ont des droits. Mais ces droits ne sont qu’une contrepartie de ce que les Flamands ont obtenu : une frontière linguistique. On présente trop souvent l’un sans rappeler l’autre. Notre pays s’est construit sur des équilibres. Mettre à mal une donnée, c’est déséquilibrer la balance. Le vote d’aujourd’hui déséquilibre dangereusement la balance…
Les grandes victimes de cette comédie, ce sont les Belges, Flamands, Wallons et Bruxellois. Les Belges sont pris en otage par les partis de l’Orange bleue qui apparaissent non seulement incapables de s’entendre, mais de tracer un chemin pour le pays. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de penser qu’ils ont en 5 mois mis à mal 20 ans de paix communautaire.
Je m’étonne de la réaction assez faible de certains négociateurs Francophones de l’orange bleue. J’entends d’ailleurs certains dirent maintenant ouvertement « bah ! Comme ça BHV est expédié au Parlement et nous on va s’occuper du socio-économique ». Pourtant, il est impossible de faire comme si rien ne c’était passé aujourd’hui. L’attitude des uns et des autres au Parlement a creusé le fossé entre les gens de ce pays. Le vote (je vous le rappelle obtenu grâce aux voix de l’extrême droite flamande) a créé un dangereux précédent.
La confiance est rompue entre les négociateurs. Continuer dans ces conditions les négociations, c’est s’exposer quelque soit le sujet, à subir la contrainte arithmétique plutôt que la loyauté d’une majorité politique.
Aussi aujourd’hui, la priorité selon moi est de restaurer la confiance et le respect. Je pense qu’un signal politique doit être provoqué. Je propose que tous les partis démocratiques de ce pays se rassemblent dans une conférence nationale. Cette conférence nationale devrait démontrer, rapidement, qu’il est encore possible de dépasser ensemble les antagonismes pour redonner des perspectives à notre pays. Il faut savoir si Flamands et Francophones veulent encore vivre ensemble. Pour quoi faire ? Comment ?
Pour moi, cette initiative nationale du vivre ensemble est un préalable indispensable à la reprise de négociations gouvernementales.